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DJ save my night : Emmanuelle Djian alias DJ MaMa

Adrien Guesnel

12 min de lecture

DJ save my night : Emmanuelle Djian alias DJ MaMa

WB: Emmanuelle tu es DJ lors des soirées West Coast Swing, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur toi ?

Emmanuelle : Of Course ! Je m’appelle Emmanuelle, je suis une danseuse parisienne. J’ai commencé le West Coast en… 2013 il me semble. J’ai découvert cette danse sur les quais de Seine l’été. En bonne étudiante, les soirées West Coast avaient lieu juste derrière ma fac, et j’étais confrontée à tous les danseurs pendant les apéros avec les copains. J’étais intérieurement jalouse de ne pas savoir si bien danser, et je me suis laissée complètement happer par cette danse, la musicalité, la technique, le stretch, le contrepoids…Depuis, c’est l’amour fou !

WB : Ton pseudo c’est DJ MaMa, ça vient d’où ?

Emmanuelle : Oulala… Longue histoire ! Préparez le pop-corn ! :D

J’ai mis du temps à trouver ce pseudo, je suis passée par plusieurs phases. Je ne pouvais pas garder DJ Emma, parce qu’il y avait déjà DJ Ema, DJ espagnol a-do-ra-ble, je risquais donc fortement d’être confondue… et c’est vraiment arrivée à une amie danseuse qui voulait me faire une surprise sur un event en pensant que c’était moi ! (rassurez-vous, elle était contente de son week-end en Espagne ! :D)

Ensuite, il y a aussi DJ Em’ (Emeline Rochefeuille). Clairement, je n’allais pas non plus m’imposer sur ce pseudo, et je ne l’aurais pas fait. Emeline fait partie des DJs que j’aime écouter, sa signature musicale me plaît énormément.

Finalement… c’est mon kiné qui me l’a trouvé ! Oui oui ! Grâce à ma capacité indéniable à me faire mal en restant immobile, j’avais un abonnement à long terme chez mon kiné, avec lequel je discutais beaucoup. Séance après séance, on se taquinait régulièrement. Un jour je lui ai raconté que je dansais et que j’étais même DJ en soirée WCS. Il a commencé à se moquer et à m’appeler DJ MaMa. J’ai raconté l’anecdote à des amis danseurs qui ont IMMÉDIATEMENT adopté le pseudo. Et impossible de les faire changer d’avis. Au final, je trouvais que cela sonnait bien, et que c’était facile à retenir. Puis le peuple avait fait son choix, de toutes les manières ! :D

WB : Comment es-tu arrivée à faire DJ en soirée West Coast Swing ?

Emmanuelle : Cela s’est fait en plusieurs étapes. A l’époque à Paris, il y avait des soirées tous les jeudis à Intensive, avec Sylvain Pelé et Virginie Trémeau. J’avais peut-être 2-3 ans maximum de WCS dans les jambes, et je discutais beaucoup avec eux, de musique notamment. J’étais aussi déjà connue pour ma musicalité et pour mon côté Shazam (je reconnais des morceaux sur simple description… Témoins à l’appui !). Un jour, Virginie me contacte car Sylvain devait s’absenter le jeudi suivant. Bien que stressée (ma seconde nature), j’accepte mais je lui demande de me superviser sur cette soirée, ce qu’elle a accepté. Et la soirée fut merveilleuse. J’ai ressenti un véritable bien-être et un plaisir de faire danser les danseurs. Peut-être même plus qu’en dansant. A partir de ce moment, j’étais devenue l’intérimaire officielle d’Intensive.

En parallèle, je prenais mes cours au Temple du Swing (et je les prends toujours). Connue aussi là-bas pour ma musicalité, et aussi parce que j’apprenais beaucoup des DJs résidents (DJ GBL et DJ Rod), Léna me demande un jour de mixer en soirée pour le Temple du Swing. Evidemment, j’accepte. J’étais fière d’être DJ dans l’école qui m’a quasi tout appris. Puis j’ai laissé le bouche-à-oreille faire son travail pour le reste, et j’ai pu participer à de jolies choses, en France et à l’étranger. 😊

Parmi mes plus grandes fiertés : DJetter au WOTP (mon event préféré), et être Head DJ au Winter White.

WB : Qu’est ce que tu aimes dans le Djing ?

Emmanuelle : Plusieurs choses…tellement de choses, même !

En premier lieu, j’aime le travail que je fournis derrière chaque playlist. Certains pensent que c’est facile de faire une playlist WCS. Ce n’est absolument pas le cas. Il faut penser aux rythmes, aux styles, faire en sorte de contenter tout le monde. En général, pour une soirée de 4h, je prépare presque 7h de musique en amont. Pendant la soirée, j’adapte en fonction de ce que je ressens et de ce que me renvoie la piste de danse. Beaucoup de danseurs me font remarquer que j’ai une belle sensibilité de ce qui se passe sur la piste de danse. Cela fait partie des compliments qui me touchent beaucoup.

En second lieu, c’est le travail de recherche musicale. J’ai toujours une oreille qui traîne, où que j’aille, quoi que je fasse. La musique, c’est quelque chose que je vis, à chaque seconde, en allant à des concerts, en écoutant de la musique sur tous mes trajets, en soirée...

En dernier lieu, et pas des moindres… J’aime voir les sourires, les yeux qui pétillent des danseurs quand je les fais danser. Et aussi de les voir danser sans s’arrêter, de me faire rouspéter parce qu’ils n’arrivent pas à aller boire, et de voir une piste toujours remplie jusqu’à la dernière seconde. C’est mon plus grand plaisir, ma plus grande récompense.

WB : On va parler musique mais avant ça, est-ce que tu n’aurais pas un son à nous partager ?

Emmanuelle : Yes, le morceau qui est passé en boucle récemment, c’est la version acoustique de « Survive » de l’artiste Broken Back.

Broken Back - Survivre (Acoustique)

WB : C’est quoi ton univers musical ?

Emmanuelle : Pour vous expliquer ça, je vais simplement vous raconter un peu ma vie !

J’ai un (très) grand frère et une (moins) grande sœur. Le premier m’a fait grandir en écoutant Police, Genesis, Pink Floyd, Jean-Jacques Goldman… toute cette génération musicale. Et je ne vous explique même pas tous les blind-tests qu’il me faisait sur les trajets en voiture pour m’emmener au lycée. La seconde était plutôt tournée sur Nirvana, System of a Down, Korn, Incubus... etc. Pas du tout le même style, donc. Du côté de mes parents, nous étions plutôt sur un style oriental, ou la musique classique ainsi que la chanson française de l’époque : Charles Aznavour, Jacques Brel…

Avec tout ce background, j’ai donc à la base énormément d’influences musicales, et énormément de connaissances et surtout une grande mémoire auditive. J’ai commencé à développer mes propres goûts. Pour moi, c’était surtout Muse, Evanescence (Ado-Emo que j’étais !), Britney Spears, Christina Aguilera, Craig David… et AaRON.

C’est donc simple, j’aime (presque) tout, tant que ça me fait vibrer. Et mon travail en tant que DJ c’est d’apporter une cohérence dans l’enchaînement des univers.

Un beau compliment reçu d’une danseuse au West Auvergn’ Swing : « Quand tu commences à jouer, on sait que c’est toi, c’est fou, et en général, je ne quitte plus la piste ! »

WB : Il n’est pas évident de varier les types de musiques pour satisfaire tout le monde, est-ce que tu as des règles que tu appliques pour essayer de diversifier ton set ?

Emmanuelle : Effectivement, je m’impose des règles. J’essaye de représenter tous les styles musicaux : BoumBoumPop, Pop tranquille, RnB, Blues, Zoukiz, Contemporain au minimum. Ces règles, je les ai beaucoup établies en fonction des retours que j’avais en soirée, aux demandes que l’on me faisait, aux conseils et suggestions que l’on me donnait, et que l’on me donne toujours. Je cherche toujours à m’améliorer. Je suis parfois victime de mon perfectionnisme au point de changer intégralement ma playlist 2h avant le début de la soirée.

Après, il faut savoir aussi que je ne vais pas fonctionner de la même façon en event, car dans ce cas, je m’adapte aux DJs avec lesquels je travaille, ainsi que l’heure de mon set. J’aime beaucoup travailler avec Thomas Escaravage. Nous sommes très complémentaires et notre binôme fonctionne très bien ! (mention spéciale pour mon event de coeur, le Winter Crazy Swing)

WB : Quels sont les indicateurs pour toi d’une bonne atmosphère musicale ?

Emmanuelle : Je « lis » beaucoup la piste, je la ressens. Cela fait partie de mes qualités/compétences de DJ. Ma plus grande peur est de littéralement vider la piste de danse. Je passe donc énormément de temps à l’analyser. Si au final je me rends compte que sur les bords, il n’y a que des followers seul(e)s, c’est qu’il n’y a pas assez de leaders, je suis rassurée et je continue sur cette voie.

Pour le reste, j’utilise mes règles. Je suis danseuse à la base. Je sais ce que j’ai envie de « vivre » en soirée. J’utilise donc mon expérience de danseuse pour créer l’atmosphère. Finalement, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise atmosphère musicale, il faut juste savoir amener les danseurs avec soi et les faire rentrer dans son univers.

WB : On remarque bien qu’en fonction de l’avancement dans la soirée, le style des musiques n’est pas le même, comment adaptes-tu tes musiques en fonction de ça ?

Emmanuelle : En effet, c’est un véritable exercice, qui rejoint aussi celui sur les différents styles de musique.

Je rythme les soirées selon les critères suivants : le niveau des danseurs, le moment de la semaine, la période de l’année (si si, ça compte !), mes propres envies (si si, ça compte aussi !) et l’ambiance que je veux instaurer. Cela me permet de rythmer la soirée, en termes d’ambiance notamment. Vous ne me verrez pas mettre un BoumBoumPop à 15 minutes de la fin de la soirée, par exemple. Ou un contemporain en première musique de soirée. Mon but c’est de commencer globalement punchy, et de terminer la soirée en douceur.

Pour ce qui est du niveau des danseurs, je prends beaucoup en compte le fait que les débutants sont surtout là sur la première moitié de la soirée. J’essaye au maximum de leur mettre les rythmes les plus faciles à entendre, pas trop lents, ou ceux qu’on utilise en cours, pour qu’ils aient un maximum de repères et restent le plus longtemps possible. La fin de la soirée, je la réserve plus aux danseurs plus expérimentés. C’est là que je teste des choses, que je les fais un peu travailler sur les rythmiques en mettant parfois du très lent.

Pour la période de l’année : Quand on arrive sur des saisons à températures chaudes, j’évite de faire du trop rapide, par exemple. Mais quand la clim de la salle me le permet, j’ose un peu plus. Pareil quand je mixe pour le Ski Swing qui a lieu en Mars à la Plagne : en altitude, on s’essouffle plus rapidement. Je fais donc en sorte que mes musiques ne dépassent pas 105-110 BPM grand maximum.

Je travaille donc mes playlists en ce sens, avec (beaucoup) de rab pour pouvoir réagir en direct. Il m’est déjà arrivé de prévoir une playlist un peu trop punchy en début de soirée, et je voyais que les danseurs étaient un peu fatigués. J’ai donc ré-adapté immédiatement ma playlist pour qu’ils puissent profiter au maximum. Idem pour la reprise post-covid, j’ai du beaucoup adapter car nous dansons beaucoup avec le masque, et bien que ce soit une sécurité pour tous, c’est un peu plus fatigant.

WB : Les pro-shows sont souvent des moments particuliers, comment en tant que DJ tu gères ces moments-là ?

Emmanuelle : Là j’ai quelques anecdotes !

A mes débuts, j’étais très (très) stressée par cette responsabilité. Et bien entendu, il était évident que j’allais essuyer quelques ratés. Pendant presque une année entière, c’était systématique.

La plus marquante pour moi ? J’étais DJ pour Thomas et Virginie Escaravage qui organisaient un stage avec Ludovic Pelegrin et Ani Fuller. Tout était prêt, je m’étais psychologiquement préparée à toute éventualité, suite à mes mésaventures précédentes, j’avais testé toutes les musiques pour toutes les démos de la soirée pendant la pause, tout fonctionnait. Et au moment venu… On a jamais compris pourquoi le son ne fonctionnait plus. Tout le monde me fixait, j’étais tétanisée, puis j’ai trouvé une solution de secours et tout s’est bien terminé.

Depuis, l’expérience et la maturité ont fait leur travail. Un souci technique reste une éventualité mais ne doit pas devenir une fatalité !

WB : Tu fais souvent le DJ lors des soirées du temple du Swing à Paris, comment gères-tu tes sets quand tu fais souvent face à la même communauté ? Essayes-tu de garder souvent les mêmes sons ou au contraire tu évites le moins de répétitions possibles entre deux soirées ?

Emmanuelle : Justement, c’est super d’avoir la même communauté. Ils m’autorisent les tests que je ne peux pas faire en event ou quand je suis invitée à mixer dans d’autres soirées/écoles/stages/events. Comme ils me connaissent, ils n’hésitent pas non plus à me faire des retours, négatifs ou positifs. Sans compter que mes yeux scannent continuellement la piste pour détecter les mimiques, les sourires, les larmes (rarement, c’est promis !). Les langages physiques et verbaux sont très instructifs pour moi.

Bien entendu, j’ai toujours cette fâcheuse impression de leur servir la même chose, surtout parce que je leur garde des repères avec des musiques habituelles. Mais comme justement je me renouvelle pour eux, ils sont finalement mes moteurs, ma motivation, ma force de travail.

WB : Est-ce que tu peux nous raconter ton premier évent en tant que DJ ?

Emmanuelle : Chaque expérience de DJ en event est tellement différente, que c’est presque une première fois à chaque fois ! Je m’autorise à vous en raconter 2 !

La première, j’étais vraiment Bébé DJ. Maïna Vila Cobarsi, une danseuse All-Star que vous connaissez bien, et aussi une très bonne amie, avait parlé de moi aux organisateurs du Swingplicity à Bruxelles. Ils m’ont fait pleinement confiance pour cette première expérience, je les en remercie encore un million de fois car ils m’ont permis de vivre cette expérience en douceur et en swingplicité.

La seconde (et pas des moindres), c’était le Winter White 2019. J’en parle parce que c’était mon premier event en tant qu’Head DJ. Ardena Gojani, l’organisatrice de l’event avait simplement posté un statut FB qui demandait à ses amis danseurs s’ils connaissaient une femme DJ qui méritait de se faire connaître… je me suis vue taguée par une quarantaine de personnes, parisiens et non-parisiens. Ardena n’a pas hésité à me demander de faire partie de l’aventure. Un bel exercice pour moi car je devais gérer une équipe de DJs, gérer les compétitions, gérer mon propre stress. Pour me préparer aux compétitions, j’avais demandé des conseils à Estelle Bonnaire et Alexandre Peducasse, qui m’ont permis d’apaiser tous mes doutes possibles et imaginables. Et je m’en suis sortie haut la main ! Mais aussi avec la certitude que je préfère faire danser les gens en social plutôt que de les faire stresser en compétition. 😊

WB : C’est quoi pour toi le truc à ne surtout pas faire lorsque l’on est DJ ?

Emmanuelle : Faire des tests sur un public inconnu !

WB : Comment trouves-tu puis expérimentes-tu les nouvelles musiques  ?

Emmanuelle : Dans la vraie vie j’ai un travail nomade qui me fait me déplacer dans toute la France régulièrement. Je profite donc de tous mes trajets pour écouter tout ce que je peux écouter. De plus, j’ai une certaine facilité pour laisser traîner mes oreilles. Quand je regarde un film, une série, quand je passe une soirée avec des amis dans un bar… si un rythme, un son m’accroche, je fais en sorte de le récupérer pour le ré-écouter à tête reposée. Il y a aussi les danseurs qui m’envoient de temps en temps des sons en espérant me les faire découvrir ou ils me les demandent en soirée. Je compile tout et je réécoute tout en fin de mois pour affiner la sélection. J’avais d’ailleurs pris l’habitude de publier des playlists mensuelles appelées les MaMaLists, habitude que j’avais gardé pendant les confinements, pour garder la main en quelque sorte.

Pour l’expérimentation, je profite des soirées du Temple du Swing. Je noie mes nouveautés dans les musiques habituelles et je regarde l’effet sur la piste. J’aime aussi imaginer qui pourrait danser dessus, pro ou non. Quand l’association est naturelle, je sais que la musique se dansera et plaira.

WB : Quels conseils pourrais-tu donner aux personnes qui font leur premiers pas de DJ ?

Emmanuelle : Ne doutez pas de vous. Si on vous propose de Djetter, c’est qu’on détecte un potentiel en vous.

C’était mon point faible à mes débuts en tant que DJ. Il m’a fallu quelques temps pour inverser la tendance, je suis même encore toujours surprise et touchée quand les danseurs viennent me remercier en fin de soirée ou d’event. Ma plus belle récompense, c’est de voir les danseurs s’éclater sur la piste !

Et dans un autre extrême, ne soyez pas non plus trop sûrs de vous. Demandez des conseils aux plus expérimentés. J’ai déjà vu des catastrophes liées à un excès de confiance.

WB : Où est-ce que l’on pourra te retrouver prochainement ?

Emmanuelle : C’est un peu compliqué avec la situation sanitaire, mais normalement, ce sera l’Orléans Swing Experience en Mai 2022.

Ainsi que les soirées du Temple du Swing, bien entendu !

WB : Un dernier mot à nous dire ?

Emmanuelle : Merci Westie Babies de m’avoir donné la parole. C’est vrai qu’on nous « oublie » souvent, alors qu’on a tellement de choses à partager ! (en plus de la musique)

Et Vive les Pandas Roux ! *coeurs dans les yeux*

WB : Merci beaucoup Emmanuelle d'avoir répondu à nos questions, on a hâte de danser de nouveau sur tes playlists !

Emmanuelle : Si vous saviez comme j’ai hâte aussi ! 😊

On termine cet article avec le partage de la MaMaList - Best-Of 2021 qui vient tout juste de sortir avec la version Spotify et la version YouTube pour ceux qui préférent ;)

MaMaList - Best-Of 2021 version Spotify
MaMaList - Best-Of 2021 version YouTube

Écrit avec passion par ...

Adrien Guesnel
Adrien Guesnel

Strasbourg

J'ai découvert la danse avec la Salsa puis j'ai essayé plusieurs danses : Bachata, Kizomba... Mais c'est définitivement le WCS que je préfère ! Mon but est de vous faire découvrir et aimer cette danse

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