Relativiser la compétition en West Coast Swing

Les compétitions, fun ou WSDC, sont très présentes en West Coast Swing. Que vous en ayez déjà faites ou non, vous êtes forcément déjà tombé sur au moins une vidéo de Jack'n'Jill, la discipline reine dont Adrien vous avez expliqué les modalités, ne serait-ce qu'en suivant mes tops vidéos ;).

Plusieurs raisons peuvent vous pousser à faire de la compétition : le plaisir de l'adrénaline, l'envie de performer devant un public, avoir suffisamment de points pour accéder à des niveaux de cours spécifiques, se sentir légitime pour donner cours... Toutes ces raisons sont bonnes et valables.

Seulement voilà, s'il y a des gagnants, il y a aussi malheureusement beaucoup plus de perdants. Les résultats des compétitions peuvent être dévastateurs si l'on manque de confiance en sa danse et si l'on n'est pas préparé psychologiquement un minimum avant de se lancer. Chez Westie Babies nous sommes encore jeunes dans les différentes divisions de compétition, mais par contre nous nous sommes déjà pris de grosses douches froides au niveau des résultats. Nous avons donc décidé de vous partager ce que nous avons appris aux cours de nos nombreux essais, pour vous éviter de vous gâcher votre event si vos résultats sont au-dessous de vos attentes et pour que vous viviez votre compétition le plus sereinement possible.

Les variables de la compétition

Les compétitions englobent plein de facteurs qui varient et qui sont indépendants de notre volonté. Même si vous êtes un bon danseur, vous pourrez avoir du mal à faire des finales ou des podiums à cause de ces variables aléatoires.

La première chose importante à savoir, c'est que les compétitions ne sont basées que sur des comparaisons entre danseurs, et non sur des standards à cocher. Différents niveaux de timing, technique et teamwork sont bien sûr attendus selon les divisions, mais maitriser un de ces éléments ne vous fera pas automatiquement gagner. Les différents facteurs que je vais vous citer ci-dessous entrent également en compte.

Le moment où l'on est regardé

Cela est valable surtout durant les prelims et les semis, quand tout le monde danse sur la piste et que les juges ont peu de temps pour regarder et noter tous les danseurs en seulement 3 musiques. Il y a en moyenne entre 20 et 30 couples par heat, avec plusieurs heats pour chaque catégorie. Cela veut dire que le juges n'ont que quelques secondes pour regarder attentivement chaque danseur et se faire un avis.

Ainsi, il suffit que les juges nous regardent pile au mauvais moment, lorsque l'on fait un triple step un peu raté ou lorsque l'on est dans un position bizarre, pour que l'on se retrouve avec un non de leur part, quand bien même le reste de notre danse était excellent.

Cela peut être frustrant, mais ça fait partie du jeu. Crédit : @sir_westington_memes

D'autres danseurs plus forts

Selon les personnes dansant autour de nous, on peut également être jugé différemment. Certaines personnes ont plus de facilités que d'autres, selon leur passé, leur capacité physique, leur visuel, leur mindset et elles arriveront beaucoup plus facilement à se mettre en valeur et à passer toutes les étapes de la compétition.

Si l'on tombe à côté de ces danseurs, on se fera moins remarquer et on pourra passer pour moins fort en comparaison. Cela peut être rageant ou sembler injuste de voir des gens qui dansent depuis moins longtemps que nous passer des étapes sur lesquelles on bute, mais cela fait partie du jeu et cela ne veut pas dire que nous valons moins que ces personnes. Elles avaient seulement un petit truc en plus par rapport à nous à ce moment-là.

J'ai pour exemple une de mes danses de prelims Novice au West in Lyon 2023. Je ne comprenais pas les Non que j'avais eu, mais en voyant sur ma vidéo la danseuse qui se trouvait juste à côté de moi et dont j'ai reconnu la belle qualité de mouvement, je me suis rendue compte que je paraissais en comparaison moins esthétique, d'où un jugement peut-être plus sévère.

Ne pas matcher avec le partenaire ou la musique

Parfois, il peut arriver aussi tout simplement que nous ne matchions pas avec le partenaire sur lequel on tombe. Cela n'est bien sûr pas une excuse pour mal danser, mais on peut se sentir moins serein dans notre danse et avoir du mal à se démarquer par rapport aux autres.

De même, la musique sur laquelle on doit danser peut parfois ne pas nous inspirer. Encore une fois ce n'est pas une excuse, mais mettre plus de temps à rentrer dans l'ambiance ou chercher ce que l'on peut faire dessus peut nous faire manquer un précieux temps. Cela arrive même aux pro, comme nous l'a confié Miguel lors de son interview. Lors de la deuxième danse de la vidéo ci-dessous, il a en effet pris une dizaine de secondes avant de reconnaitre la musique et à se mettre dans le mood, ce qui a probablement dû le stresser un peu.

Le nombre de participants

Le nombre de participants dans la division joue également un rôle. En Novice et de plus en plus en Inter, il y a énormément de monde qui s'inscrivent, et il y a des prelims, des semis, parfois même des quarts, avant la finale. Cela est donc d'autant plus dur de se démarquer entre tous les participants.

Le cas est d'autant plus accentué pour les followers car il y en a souvent beaucoup plus que les leaders dans les plus basses divisions. Il peut arriver qu'il y ait un heat et demi de followers de plus que de leaders, avec donc des leaders qui doivent revenir pour faire danser les followers des derniers heats. Souvent les prelims servent à effectuer un premier départage entre les followers tandis que la plupart des leaders restent, et les semis servent ensuite à départager les leaders et les followers restants.

Beaucoup beaucoup de monde concourent en novice

Ce que recherchent les juges

Nos résultats peuvent également dépendre des juges présents. Selon les éléments qui sont pour eux essentiels, pour certains la posture, pour d'autres la pose du pied, on peut être jugé différemment. Bien sûr les juges essayent de rester le plus objectif possible, mais ils restent des humains qui peuvent avoir des biais inconscients, d'autant plus que rester neutre à 100% lorsque l'on juge un art comme la danse est difficile.

Tous ces éléments sont indépendants de notre volonté et conditionnent en partie nos résultats. Finalement le seul facteur sur lequel on a un impact, c'est nous-mêmes, en dansant du mieux que l'on peut sans nous faire submerger par le stress.

Notre valeur en tant que danseur

La compétition permet de sortir de sa zone de confort en dansant devant d'autres personnes, de se mettre en scène, de créer quelque chose et de le partager avec le public, mais cela ne constitue pas un critère d'évaluation de sa danse ni de soi-même en tant que danseur.

Il faut en effet bien retenir que ce n'est pas nous qui sommes jugés personnellement en tant que danseur pour la vie, mais que c'est notre danse sur une musique donnée avec un partenaire donné à un instant T, par rapport à d'autres personnes dansant en même temps sur la même musique. Les juges décident seulement de quelle danse selon eux était la meilleure à ce moment précis. Cela n'est pas représentatif de l'entièreté de ce que l'on vaut en tant que danseur. Les résultats des compétitions ne déterminent donc EN AUCUN CAS (je vous le mets en gras et en majuscule pour que vous l'imprimiez bien ;) ) notre valeur et si nous sommes un bon danseur ou non.

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En effet, ce n'est pas le nombre de finales ou de podiums que l'on fait qui fait de nous un bon danseur. Ce qui compte, c'est plutôt la manière dont on interagit avec les autres, comment on ressent la musique et on arrive à la faire ressentir à ses partenaires. Le plus important au final est de savoir apprécier sa danse et celle des autres.

Tout cela aide à relativiser les résultats en se rendant compte au final qu'il est impossible d'émettre un jugement complet sur l'entièreté de notre danse et de notre univers en seulement quelques minutes. Et si l'on veut encore plus se rassurer, il faut garder à l'esprit que la compétition n'est finalement que des personnes, certes beaucoup plus expérimentés, jugeant d'autres personnes faisant de leur mieux. Il s'agit d'un hobby sans conséquence désastreuse. Au pire du pire, on ne se prend que des non et il n'y a pas mort d'homme (et nous parlons en connaissance de cause, croyez-nous ;) ).

Un petit souvenir des quarts Novice du Budafest 2023, toujours un plaisir

On peut accorder la valeur que l'on souhaite à la compétition et aux résultats, mais il ne faut pas que cela devienne un cercle vicieux dans lequel on se prend la tête. Cela me fait à chaque fois trop mal au cœur d'entendre des danseurs se dénigrer et se trouver mauvais lorsqu'ils n'ont pas les résultats espérés, alors que très souvent ce sont des personnes avec qui j'adore danser ou que j'adore regarder sur la piste.

La bonne attitude à adopter

Quelques éléments peuvent vous aider à mieux vivre vos compétitions. Tout d'abord, il est important de se faire filmer pour pouvoir regarder un peu plus tard au calme nos danses (oui on sait, personne ne se trouve bien en vidéo, mais il faut passer par là !). Visionner ses danses permettra de les débriefer avec ses amis et ses professeurs référents pour comprendre d'un point de vue extérieur ce qui a pu nous empêcher de passer. Pour bien filmer, il faut avoir les juges présents sur la vidéo pour voir quand ils nous ont regardé. On pourra ainsi comprendre pourquoi ils nous ont mis tel résultat selon le moment où ils nous ont jugé. Je me souviens ainsi d'une danse faite au Paris Swing Classic 2023. J'avais l'impression de m'en être à peu près bien sortie et je ne comprenais pas les Non que j'avais eu, mais en visionnant ma danse par la suite, je me suis rendue compte que j'avais fait un gros contre-temps qui n'avait malheureusement pas échappé aux juges et qui m'a été fatal. Si l'on souhaite avoir plus de retours sur l'avis d'un juge afin de s'améliorer, il est également possible de lui demander par la suite pourquoi il nous a mis tel résultat et quels sont ses critères pour passer, tout en restant poli et courtois bien sûr.

Lors des danses de compétition, il faut essayer de passer un bon moment avant tout, même si l'on est stressé. Pensez à donner le meilleur de vous-mêmes en vous concentrant sur ce que vous savez et aimez faire, et oubliez tous les autres facteurs indépendants de votre volonté. N'oubliez pas non plus votre partenaire ! Durant ces quelques minutes, vous êtes tous les deux ensemble dans la même galère, à essayer de survivre autant que faire se peut. Souriez vous et essayez de vous amuser autant que possible. Il peut même arriver que l'on ait d'excellentes surprises lors de la compétition ! Je me souviens de ma dernière danse de prelim Novice au Paris Swing Classic 2023. A peine le starter step de passé, nous nous rendons compte mon partenaire et moi-même que nous matchons parfaitement niveau connexion. Il y a vraiment eu ce moment où nous avons levé la tête en même temps et où nous nous sommes regardés avec des étoiles plein les yeux, en pensant tous les deux "Oh mon dieu mais ça matche trop bien !!!". Le reste de notre danse se passa extrêmement bien et j'en garde en excellent souvenir.

Nous avons fait exactement cette tête-là tous les 2 en même temps !

Lors de la publication des résultats, cela peut être bien de se préparer un minimum en s'entourant d'amis qui peuvent nous réconforter ou nous rassurer si jamais les résultats ne nous conviennent pas. En effet, cela peut être psychologiquement très dur de voir les scores et de n'avoir que des non, surtout quand un des juges est un de nos professeurs ou une de nos idoles de danse. Au West in Lyon 2023, j'étais Alternate 2 pour aller en semi Novice. Avant la compétition, j'étais persuadée de réussir à aller au moins jusqu'en semi. Je fus donc très démoralisée au moment des résultats. Heureusement, des amis qui ont été témoin de mon état ont réussi à me remonter le moral en me faisant des petites blagues sur la situation. Cela m'a fait du bien et m'a permis de mieux vivre la suite de l'event.

Dans tous les cas, cela ne sert à rien de rager sur les vainqueurs. Il vaut mieux se réjouir pour eux, s'en inspirer et se dire que l'on fera mieux la prochaine fois. Ces "échecs" sont en réalité des opportunités pour progresser, car cela nous permettra de travailler en conséquence selon ce qui nous fait défaut ou selon nos points forts. Cela nous poussera à voir ce que l'on peut améliorer et comment le faire pour aller plus loin la prochaine fois. Si vos résultats ne sont pas ceux que vous espériez, blâmer son ou ses partenaires est inutile et à proscrire, car les erreurs ne sont jamais totalement la faute de l'un ou de l'autre.

Nous vous conseillons au final d'accorder plus d'attentions aux petites victoires survenant lors du social plutôt qu'à celles de la compétition. Trop de variables qu'on ne peut maitriser entrent en jeu dans la compétition et on peut très vite être déçu et frustré.


Cet article n'a évidemment pas pour but de vous dégouter de la compétition, mais au contraire de vous donner les clefs pour l'appréhender au mieux, sans trop de prise de tête. On peut aimer faire de la compétition sans être quelqu'un de mauvais qui cherche à écraser tous les autres, tout comme on n'est pas obligé d'en faire si on sent que ça n'est pas notre truc ou qu'on va trop mal le vivre. Personne ne devrait se sentir forcé d'y participer. Il est également important de conserver un bon état d'esprit en faisant de la compétition en ne dénigrant pas les autres et en ne se comportant pas comme un mauvais perdant ou un mauvais gagnant.

A part si vous avez des aspirations professionnelles dans le domaine, auquel cas cela devient un peu plus sérieux pour vous, rappelez vous que la compétition reste un loisir et que ce n'est pas grave si on finit dernier. Il faut relativiser car cela ne veut pas dire que l'on est mauvais. Gardez à l'esprit que le social constitue la majorité de notre danse tandis que la compétition n'en est qu'une infime portion !