Pourquoi les events vont-ils nous coûter de plus en plus cher ?
Pourquoi nos week-ends coûtent-ils de plus en plus cher ? Inflation, professionnalisation, concurrence, et ce qu'on ne voit pas depuis la piste.
J'aurais préféré vous écrire un tout autre article. Vous annoncer que le prix des prochains festivals allait baisser, par exemple, et qu'on allait pouvoir en profiter encore plus. Mais vous l'avez sans doute remarqué comme moi : nos budgets events gonflent d'année en année.
Certaines raisons vont vous paraître évidentes, vous les avez sûrement déjà en tête. D'autres se voient beaucoup moins depuis la piste de danse. C'est aussi l'occasion de vous raconter ce qui se passe côté organisation, et ce qui se cache vraiment derrière un budget d'event.
Tout est plus cher, ma petite dame !
Elle grimpe plus vite que mes points WSDC : c'est l'inflation. Avec 2 % d'inflation, vous payez tout 2 % plus cher. Dans un monde idéal, votre salaire augmenterait de 2 % lui aussi et l'affaire serait réglée. Mais nous ne vivons pas dans un monde idéal.
Selon votre métier et votre entreprise, vous serez plus ou moins bien loti. Mais rattraper l'inflation chaque année reste rare. Résultat : on paie tout de plus en plus cher. C'est mathématique.
C'est bien beau tout ça Jamy, mais en vrai ça veut dire quoi ?
Faisons simple et visuel. Prenons le billet d'un event français à 100 € en 2016. S'il avait suivi l'inflation moyenne subie en France, il devrait coûter… 123 € en 2026. Soit +23 % sur le prix de nos billets, chocs énergétiques et guerres obligent. Mais bon, on n'est pas là pour parler économie et géopolitique, Fred !

La professionnalisation des events
L'inflation gonfle les budgets, et le prix des billets avec. Mais ces budgets voient aussi apparaître des postes de dépenses qui n'existaient pas il y a quelques années.
Beaucoup d'events sont nés d'une envie de partager notre passion commune au plus grand nombre, et ce sont des bénévoles qui les ont portés à bout de bras.
Certains events gigantesques aujourd'hui ont démarré tout petit. Au fil des éditions, ils se sont développés et ont dû trouver des lieux plus grands pour absorber la demande. Et avec la taille viennent des postes qui cessent d'être optionnels : service de sécurité, climatisation mobile, éclairage…
Ces charges s'accompagnent d'autres dépenses, comme le MCing, le head DJ, le comp DJ ou le scoring. Quand il faut gérer des compétitions et l'animation d'un festival avec toujours plus de participants et un planning à tenir, on a tendance à préférer des professionnels. Vous pouvez toujours donner un coup de main bénévole sur ces sujets, je l'ai fait pour le Bretzel Swing 2024, et ça allège la facture. Mais sur des events établis et de grande renommée, difficile de se passer de professionnels.
La salle, le poste qui peut tout faire basculer
Autant vous donner de vrais chiffres, ceux du Bretzel Swing. Pour la première édition, la salle nous a coûté 800 €. Sur 120 danseurs, ça fait 6,67 € par personne. Et encore, on a eu de la chance : un statut associatif, une salle polyvalente municipale, et pas de parquet. Trois conditions qui se cumulent rarement.
Avec notre salle nous sommes une exception, lorsque vous souhaitez une salle d'une certaine capacité, les prix s'envolent rapidement surtout si celle ci est bien située.
Et les contraintes sont d'autant plus grandes sur un event WSDC, car il y a tout un cahier des charges à respecter. Le règlement WSDC définit notamment cette règle pour tous les événements inscrits :
Competition dance floors must be a minimum of 150 sq meters (1600 sq ft) and must be suitable for dancing (note: concrete, marble/stone, etc., are not acceptable). Recommended competition dance floors: Sprung dance floor. A multi-layered floor – flexible hardwood top over a shock-absorbing subfloor. - WSDC events rules
Autant vous dire que le parquet va devenir plus que recommandé, car il est difficile de trouver des salles avec des surfaces de danse « acceptables ». Et la location d'un parquet, c'est cher. Pour un week-end, on parle de plusieurs milliers d'euros. Tout dépend de la taille, mais c'est une ligne de budget non négligeable. Le prix s'explique facilement par les coûts annexes à la seule location : le transport, le montage, le démontage et le stockage.
À quoi s'ajoutent d'autres règles, comme l'obligation d'avoir les hébergements à moins de dix minutes à pied, sans quoi l'event doit financer une navette qui tourne jusqu'à la fin des soirées.
Relisez ces critères en pensant à notre salle municipale à 800 €. Elle ne coche à peu près rien. Ces exigences éliminent d'un coup les salles excentrées, c'est-à-dire précisément celles qui ne coûtent pas cher, et orientent vers de grands complexes hôteliers ou des centres de congrès.
On m'a parlé d'un event avec une salle à 25 000 € le week-end. Sur 500 danseurs, ça fait 50 € par personne. Contre nos 6,67 €. Sept fois et demie plus cher, pour exactement le même poste de dépense, et avant d'avoir payé un seul pro, un seul DJ, un seul agent de sécurité.
Ces 50 €, il faut bien que quelqu'un les paye.
La line-up, un autre poste qui pèse lourd
Pour chaque couple de pros, l'organisateur voit une ligne budgétaire bien plus longue qu'un simple cachet : le vol, l'hôtel, les repas, les transferts aéroport. Et tout ça souvent en double, parce qu'un pro enseigne rarement seul.
Invitez deux duos américains sur un week-end européen : ce sont huit billets transatlantiques, plus les nuits d'hôtel, plus les repas. Le cachet n'est parfois même pas la moitié de l'addition.
Il existait pourtant une alternative. J'ai le sentiment que nous avions longtemps accès en Europe à d'excellents danseurs semi-pros, qui avaient un métier à côté et pour qui un week-end d'enseignement était un complément. Avec forcément un tarif plus bas, et sans billet transatlantique. Aujourd'hui, de plus en plus de pros vivent uniquement du West Coast Swing, et ça change complètement l'équation.
Parce qu'un pro à temps plein ne facture pas un week-end, il facture une année. Son tarif doit absorber les semaines sans event, les déplacements non payés, l'absence de congés payés et de chômage, la préparation des cours. Ce n'est pas une hausse de prix, c'est le prix réel d'un métier qu'on a collectivement voulu faire exister.
Et on ne peut pas vraiment s'en plaindre : la communauté a réclamé des pros disponibles, formés, capables de voyager toute l'année. C'est chose faite, mais encore une fois, ça se paie.
Les juges, le poste qui va monter
Même mouvement du côté des head judges et des judges. Lors du Wine Coast Swing du 21 septembre 2024, Robert Royston expliquait que dans les danses standards, certains professionnels vivent du judging, ce qui explique les tarifs d'inscription très élevés de ces compétitions. Floriane avait assisté à la même session et en avait fait un article sur une autre partie : La division Champion a-t-elle toujours un sens ?.
Le West Coast Swing prend le même chemin, et c'est le règlement qui nous l'indique. Un event certifié WSDC doit fournir au minimum quatre juges par rôle en phase préliminaires, plus le chief judge, et cinq juges plus le chief judge en finale. Sur les grosses divisions, la WSDC exige sept juges en finale.
La WSDC a déjà poussé la formation et la certification des head judges, et le cadre se resserre encore. Elle lance au 1er janvier 2027 son programme de certification des juges, avec une cible annoncée entre 30 et 50 % de juges certifiés par event.
Faites le calcul du point de vue de l'organisateur. Le vivier des juges certifiés sera forcément plus restreint que le vivier actuel, et il faudra en avoir un tiers dans son panel. Quand une ressource devient obligatoire et rare en même temps, son prix ne descend pas. Ajoutez que la certification représente du temps et de l'argent pour le juge lui-même, et qu'il faudra bien qu'il le récupère quelque part.
Personne ne conteste l'objectif : des compétitions mieux jugées et plus cohérentes d'un event à l'autre, c'est ce que la communauté réclame depuis des années. Ce sont souvent les frais de compétition qui financent tout ça, et ils ne sont pas vraiment optionnels pour la majorité des danseurs qui participent à un event WSDC. Là où la norme était à 15 € il y a quelques années, on est aujourd'hui à 20 €, et je ne serais pas étonné de voir 25 € voire 30 € devenir la norme en Europe. Pour vous donner une idée, aux États-Unis, les Jack and Jill de l'US Open en 2026 étaient de 35 $ (environ 30 €) en early bird et grimpent jusqu'à 55 $ (environ 47 €) au tarif le plus tardif.
La concurrence qui alimente la machine
Vous l'avez vu, le nombre d'events augmente d'année en année. Tant mieux pour les occasions de danser, mais cela installe aussi une concurrence féroce. Il n'est plus rare de voir trois events WSDC le même week-end en Europe, parfois quatre. Sans compter les nombreux events sociaux qui se développent en parallèle.
Les danseurs ont désormais l'embarras du choix, mais leur budget, lui, ne grimpe pas au même rythme que le nombre d'events. Les organisateurs le savent et mettent les petits plats dans les grands pour qu'on choisisse le leur. On augmente le budget marketing, on fait appel à un social media manager, on soigne les petites attentions : nourriture, goodies, espace chill, décoration, cadeaux pour les gagnants… Très agréable quand on est danseur, mais tout cela a un coût, et ce coût finit sur nos billets.
Partir en Europe de l'Est pour trouver des prix plus bas, la solution ?
Pendant des années, nous pouvions nous tourner vers l'Europe de l'Est pour des tarifs plus doux, reflet d'un coût de la vie plus faible qu'en France.
On économisait sur l'entrée de l'event, mais aussi sur l'hôtel et la nourriture : une vraie opportunité. Je ne vais pas mentir, lors de notre premier Budafest en 2020, Pauline et moi avons largement profité des prix des restaurants et des énormes chimney cakes à un peu plus d'un euro. Tout ça, c'est du passé. En cause, l'énorme inflation post-Covid qu'ont connue certains pays, la Hongrie et la Pologne en tête.
J'ai refait la même simulation que pour notre billet à 100 € de 2016, cette fois en appliquant l'inflation polonaise et hongroise. Quand notre billet atteint 123 € en France, il grimpe à 159 € en Pologne et à 178 € en Hongrie.

Et forcément, ça se répercute. Reprenons le Budafest : en 2017, le workshop pass coûtait 140 € et le party pass 95 €. Pour l'édition 2027, il faudra débourser 210 € et 145 €. Le party pass de 2027 coûte donc plus cher que le workshop pass de 2017.



Comparaison des prix du Budafest 2017 face à l'édition 2027. R.I.P le party pass à 95€...
L'eldorado de l'Est, c'est fini pour nous, les frenchies. Il reste évidemment le plaisir de voyager et de découvrir de nouveaux events. Mais ce n'est plus le prix qui motive le déplacement.
Au fond, chaque euro de cette hausse s'explique. Une salle coûte ce qu'elle coûte, un pro qui vit de son métier facture ce que vaut son métier, et beaucoup d'organisateurs absorbent une partie de l'augmentation plutôt que de tout répercuter sur nous. C'est aussi ce prix qui tient la qualité de nos week-ends à ce niveau.
Alors bien sûr, pour certains d'entre nous, et moi y compris, cela signifie réduire la cadence ou voyager moins loin. Certains events proposent des places de bénévoles en échange d'une réduction sur le pass, mais on y gagne en budget ce qu'on y perd en temps pour vivre l'event. À chacun de placer son curseur.
J'aurais préféré vous écrire un tout autre article, mais maintenant vous savez ce qu'il y a derrière votre pass. Et si un event vous fait envie, ne le repoussez pas trop : allez savoir ce que donneront les prix en 2037.