On est sortis d'Intermediate, notre débrief
On y est les amis, après avoir gravi les échelons de la catégorie Novice pour aller danser en Intermediate, nous avons à présent assez de points pour nous qualifier pour la division Advanced ! C'est donc l'occasion parfaite de vous faire un article rétrospectif sur notre parcours en Inter, de vous raconter nos défaites, nos victoires ainsi que de vous partager des conseils et des réflexions que nous nous sommes faites au fil des compétitions. Comme pour l'article sur la catégorie Novice, nous vous rappelons que tout ce que nous partageons est le fruit de nos expériences et de notre vision, et en aucun cas la vérité absolue ;).
Les phases éliminatoires
Adrien et moi-même sommes passés Inter en 2023, en mars pour Adrien et en octobre pour moi-même. Nous avons donc direct enchainé avec des compétitions en Inter, pas de temps à perdre les amis !
Petit rappel, à la différence de Novice où il faut 16 points pour aller en Inter, il en faut 30 en Inter pour passer Advanced. Il est très courant d'avoir des prelims et des semis en Inter, mais dans certains events avec peu de monde il ne peut y avoir que des prelims avant la finale.
Le point de vue follower de Pauline
Après ma victoire au Milan Modern Swing 2023, qui m'a valu mon passage en Inter, j'ai pu tester mon premier évènement en tant qu'Inter au Swingvester 2023/2024. Qu'elle ne fut ma joie de voir que j'avais été qualifiée pour les semis dès ma première compétition Inter ! J'en étais très fière et cela m'a donné un vrai sentiment d'appartenance à la catégorie.

J'ai très vite senti le changement par rapport à la catégorie Novice. Dès mes premières danses, je sentais que mes leaders étaient plus clairs dans leur guidage et que cela m'offrait la possibilité de beaucoup plus m'amuser. Durant mes premières compets, j'avais des étoiles dans les yeux, je trouvais tous mes leaders incroyables et je passais des excellents moments. Au fur et à mesure ce sentiment s'est un peu amenuisé, car comme partout on peut avoir des mauvaises surprises ! Je me souviens d'une danse de compet au King Swing 2024, où je tombe sur un leader offtime dès les premières notes. Cela m'avait perturbée car j'étais jusque là en totale confiance avec mes leaders et je me suis retrouvée offtime à mon tour. Cela m'a néanmoins servi de leçon et j'ai pu ainsi être un peu plus sur mes gardes lors des prochaines compétitions. Je ne dis pas bien sûr que ma danse à moi était parfaite et sans aucun défaut, bien au contraire !
Enfin, par rapport à Novice, j'étais de plus en plus contente de mes danses de compétition. Cela se rapprochait de plus en plus de ce que je pouvais faire en social et je ressentais beaucoup plus de plaisir à danser.
Le point de vue leader d'Adrien
Je rejoins totalement Pauline sur ce sentiment de franchir un cap. Ma première compétition Inter, c'était au Westy Nantes en avril 2024, et le moins qu'on puisse dire c'est que ça m'a remis les pieds sur terre. Nouveau niveau, nouvelles sensations, et surtout une connexion d'un tout autre calibre. Pour vous donner une idée, j'ai réussi l'exploit de faire un offtime monumental sur le blues. Ma follower m'a littéralement retenu avec un calme et une maîtrise qui m'ont autant impressionné que gêné. Merci à elle, mais clairement, je ne vous souhaite pas de vivre un moment pareil. J'avais bien compris que les finales, c'était pas pour tout de suite.

Il y a quelque chose d'un peu particulier quand on débarque dans une nouvelle division : on se retrouve un peu comme le nouveau de la classe (on utilise aussi le terme de "bébé"). On débarque sans vraiment trop connaitre les personnes de la catégorie qui peuvent être là depuis un moment, sauf si vous avez la chance de croiser ces personnes dans votre communauté locale, bien sûr. Ce qui m'a le plus frappé après mes premières danses de prelims, c'est ce décalage entre le social et la compét. Je me souviens m'être dit : "Mais où elles étaient lors du social ces danseuses ?!" Parce qu'en social, j'ai tendance à éviter d'inviter les gens qui semblent forts ou peu enthousiastes à l'idée de danser avec moi. Du coup, en compét, je tombais sur des niveaux que je n'avais tout simplement jamais expérimentés. Pas facile de découvrir ça en compétition une fois arrivé en inter.
Cette traversée du désert a quand même eu ses éclaircies. Au French Open 2024, je passe en semis, contre toute attente, la mienne en premier. Mais la réalité reprend vite ses droits, et je me retrouve à écumer les prelims pendant plus d'un an sans vraiment percer. La vérité, c'est que je n'étais tout simplement pas prêt pour cette division. L'Inter, c'est un autre langage : il faut du temps pour comprendre les nouvelles sensations, assimiler les codes, et surtout apprendre à les appliquer. Je venais surtout de comprendre que le vrai travail ne faisait que commencer.
Les finales
Aller en finale n'est jamais certain et cela dépend de beaucoup de facteurs sur lesquels nous n'avons pas forcément d'influence. On peut parfois mettre des mois, voire des années avant d'atteindre une finale, et on peut aussi parfois en enchainer plusieurs en quelques mois et passer très vite dans la catégorie d'au-dessus.
En Inter, le format des finales est assez variable. Selon les events, on peut avoir une finale type all-skate, comme on l'a en Novice, ou une finale type semi-spotlight (on se retrouve à danser avec son partenaire de finale par deux ou trois couples à la fois devant les juges), ou bien carrément en spotlight.
Le point de vue follower de Pauline
Pour ma part je préférais passer en semi-spotlight car même si l'exercice est plus impressionnant, on a plus de temps pour construire sa danse et montrer aux juges ce que l'on sait faire, et on entend beaucoup plus le public réagir à ce que l'on fait.
J'ai pu participer à ma 1ère finale Inter au Finnfest 2024, soit quasiment un an après être passée Inter au Milan Modern Swing 2023. J'étais surexcitée car grâce à cette finale, j'étais enfin officiellement Inter, avec le point qui allait avec pour le prouver ! C'était en format all-skate, nous avions donc 3 danses avec notre partenaire et je me souviens avoir beaucoup aimé notre finale car nous étions bien connectés. Cerise sur le gâteau, nous avions fait 6ème sur 15, un beau score pour une première !

A la différence de Novice où je n'avais fait que deux finales, j'en ai fait beaucoup plus en Inter. Cela m'a permis de découvrir les différents ressentis que l'on peut avoir selon le degré de connexion que l'on a avec son partenaire, ressentis qui ne sont pas forcément en corrélation avec ce que perçoivent les juges et le classement qui en découle. J'ai notamment trois cas de figure que je souhaite vous partager :
- Lors de l'Uptown Swing 2025, je tombe en finale sur un leader avec qui je n'ai jamais dansé. Nous avions une danse de chauffe avant le semi-spotlight, et cette danse a permis à mon leader de gagner mon entière confiance car j'ai pu ressentir parfaitement son timing, sa structure musicale et sa connexion. Durant notre finale, j'étais donc confiante à 100%, je savais que nous étions en train de faire une bonne danse et il me paraissait évident que nous allions faire podium. Cela s'est confirmé car nous avons fait 2ème.
- Lors du SNOW 2025, je tombe en finale sur un leader que je ne connaissais pas du tout. C'était en format all-skate, nous avions donc trois danses en même temps que tout le monde. Durant ces danses, je ne me sentais pas en phase avec mon leader et je ne comprenais rien à ce qu'il se passait. En sortant de la finale, j'étais persuadée que nos danses étaient catastrophiques et que nous ferions dernier. Je fus donc très surprise lorsque l'on a appelé nos noms lors des awards, pour la 3ème place.
- Lors du Westie Gala 2026, je tombe encore une fois sur un leader que je n'avais jamais vu. Nous étions de nouveau en semi-spotlight, et je me sentais très confiante envers lui car je sentais qu'on dansait ensemble, qu'on s'écoutait l'un l'autre et que nous faisions des choses sympa sur la musique. Je pensais donc que nous ferions podium, et pourtant nous avons fait avant-dernier.
Ces trois différents ressentis corrélés avec trois différents résultats de finale m'ont servi de précieuse leçon pour ne pas prendre la grosse tête. Je me suis rendue compte que rien n'est jamais acquis et que parfois ce que l'on ressent ne correspond pas à ce que perçoivent les juges. L'essentiel est donc de danser de la manière qui nous convient à nous-mêmes et d'être content de ce que l'on produit, peu importe le résultat derrière.

En tout, j'ai donc participé à 10 finales et j'ai fait deux podiums. J'ai eu un gros passage à vide entre avril et août 2025. A ce moment-là, j'ai participé à beaucoup d'events mais je n'atteignais jamais les finales, ce qui m'a profondément démotivée. J'en venais même à songer à arrêter les compétitions. Puis à partir d'août jusque décembre 2025 j'ai fait quasiment la totalité de mes points Inter, soit 25 points, en enchainant 5 finales d'affilé dont deux podiums. A ce moment j'avais 29 points Inter, il m'en manquait donc 1 pour passer dans la catégorie d'au-dessus.
J'ai pu alors découvrir à ma plus grande joie un nouveau type de stress et de frustration durant les compétitions. En effet, à chaque nouvelle compétition à laquelle je participais pouvait se jouer mon passage en Advanced. L'enjeu était important pour moi, bien plus que quand j'avais moins de points et l'esprit plus tranquille. Après cet enchainement de finales, j'ai participé à deux compétitions sans aller plus loin que les prelims. La première était au Budafest 2026, je savais que le niveau était extrêmement élevé donc j'avais peu d'espoir d'atteindre la finale, mais j'étais quand même déçue de ne pas aller en semi. La seconde était au Paris Swing Classic 2026 et j'ai connu à ce moment une énorme frustration. J'étais en effet Alt 1 pour aller en semi alors que j'avais réussi à atteindre les finales l'année précédente. Sachant qu'il me manquait à peine 1 point pour être qualifiée pour Advanced, j'ai extrêmement mal vécu ce moment... J'ai donc expérimenté pendant quelques courts instants la malédiction d'être un Inter à 29 points qui peine à atteindre les finales et je peux vous dire que ce n'est pas un sentiment très agréable (je fais ici un petit big up aux copains qui sont restés bien plus longtemps que moi dans cette situation, ils se reconnaitront !).
Puis enfin, au Prague Alchemy Swing 2026, j'ai pu participé à ma dernière finale Inter ! Lorsque j'ai vu mon nom apparaitre lors de l'annonce des finalistes, dire que j'étais très heureuse est un euphémisme. J'ai ressenti de la joie et un immense soulagement car je savais que cette finale serait ma dernière en Inter, peu importe ce qu'il se passait pendant. Durant le marshalling j'étais complétement détendue, sans aucun stress car dans ma tête tout cela ne comptait plus, c'était comme si la finale était déjà passé et que tout ça était derrière moi. Nous n'avons pas fait la danse de l'année avec mon leader, et en temps normal j'en aurais peut-être été un peu frustrée, mais au vu des circonstances je ne m'en souciais pas du tout, j'étais juste heureuse de pouvoir enfin compétiter en Advanced !
Le point de vue leader d'Adrien
Après de longs mois à essayer de comprendre ce que cette division me demandait, j'arrive enfin en finale au Swing Fiction à Brno en juin 2024. Et là, c'est le drame. C'était ma toute première finale Inter et je me retrouvais comme un lapin sous les phares d'une voiture. Le format était du semi-spotlight à deux couples, et le couple à côté de moi faisait partie des meilleurs de la catégorie. Le public criait toutes les vingt secondes et moi étant en plein milieu d'un sugar push, j'ai bien compris que ce ne m'était pas du tout destiné.


Trés content de voir mon nom sur la liste des finalistes inter pour la première fois (à gauche). Et moi qui me demande qu'est ce que je fais là quelques heures plus tard (à droite).
Ce que j'ai compris après coup, c'est que j'avais tout préparé pour passer les prélims, mais zéro pour la finale. Aucun entraînement spotlight au compteur, et j'ai abordé ce moment exactement comme mes anciennes finales de Novice en all-skate. Grosse erreur. Sur le moment j'étais aux anges d'être en finale et de finir 8ème sur 10, mais je ne mesurais pas encore le travail qui m'attendait.
Nouveau passage à vide ensuite, jusqu'en avril 2025 où là, en l'espace de quatre mois, je décroche 25 points sur les 30 nécessaires. Franchement, j'en étais le premier surpris, d'autant que les finales représentaient pour moi un vrai défi : j'essayais de construire quelque chose avec mes partenaires, partenaires que je rencontrais souvent pour la première fois ce moment-là. Je ne me plains pas de découvrir de nouvelles personnes, c'est aussi ce qui est beau dans ce format, mais quand vous voyez d'autres couples qui se connaissent bien, qui viennent de la même communauté ou du même groupe de travail, créer une meilleure alchimie qu'eux en quelques minutes, c'est un vrai défi.
Il y a aussi ce décalage permanent entre ce qu'on ressent de l'intérieur et ce que perçoivent les juges et le public. C'est un exercice difficile, d'autant que tout se joue sur des instants très courts. Ça m'a valu de belles surprises, comme cette première place où j'ai failli perdre l'équilibre dans un drop mais où on a enchaîné des moments vraiment bien sur les autres danses, merci le all-skate ! Pauline vous en a parlé avant moi, et je confirme totalement : ce décalage peut aller dans les deux sens. On peut sortir convaincu d'avoir fait quelque chose de bien et finir dernier, comme on peut sortir mitigé et finir sur le podium. Ou tout simplement se donner à fond et tomber sur meilleur que soi ce jour-là. C'est comme ça. Les juges partagent des consignes communes mais chacun a aussi sa propre sensibilité, sa propre lecture de ce qu'il voit. Alors il faut rester humble et ouvert, tout en continuant à danser comme on en a envie pour développer son style. Un vrai travail d'équilibriste.
Ma dernière finale Inter, je ne l'oublierai pas de sitôt. Au Bristol Swing Festival, j'ai du aller le samedi matin aux urgences pour un calcul rénal. Après 6 heures dont la majorité à attendre, j'ai foncé pour les prélims le samedi après-midi, et je me suis retrouvé en finale le dimanche. Format spotlight assez particulier : les leaders longeaient un côté de la scène, les followers l'autre, et on ne savait ni avec qui ni dans quel ordre on allait danser. Pendant la finale, je remarque que mon lacet de chaussure de danse est un peu large. Je me dis : pas de panique, je règle ça pendant la danse d'un autre couple. Sauf que je fais toujours des doubles noeuds, et en tirant des deux côtés impossible de le défaire. Je tire plus fort sur le côté droit et... crac. Le lacet me reste dans la main. Je vous laisse imaginer la tête que je faisais à ce moment là. Bon, le lacet tenait encore, c'était juste la section entre la double boucle et le bout qui avait lâché, donc j'ai décidé de ne plus y toucher et de prier. Quand on m'appelle, je tombe sur une follower que je n'avais jamais vue, sur la seule musique de toute la finale que je ne connaissais pas. On était en Tier 2, seuls les cinq premiers leaders marquaient des points, et il me fallait une troisième place pour passer Advanced. Je l'ai eue, sans vraiment y croire. Les scores étaient d'ailleurs très serrés : 2-2-5-9-9. Autant dire que la frontière entre la troisième et la dernière place ne tenait pas à grand-chose. Parfois c'est frustrant, parfois c'est une belle surprise. Dans tous les cas, une sacrée histoire et une leçon d'humilité.



Rien de mieux qu'un petit passage aux urgences pour décrocher un trophée ! J'en profite pour vous mettre la photo de mon défunt lacet qui m'était resté dans la main.
Pour les derniers points, je n'ai pas vraiment vécu la malédiction du ou des derniers points comme l'a expliqué Pauline plus tôt. Même si j'ai pu être éliminé dans les phases préliminaires sur cette période, je sentais que quelque chose avait changé dans ma danse, que j'avais compris des choses. Et parfois, c'est aussi une question de temps.
Nos difficultés
Tout comme notre parcours en Novice, notre parcours en Inter n'a pas été exempt de difficultés. Adrien et moi-même ne faisons malheureusement pas partie de ces gens qui survolent les catégories sans connaitre aucune galère, cela a au moins le mérite de nous donner beaucoup d'expérience dans chaque division et de vous partager tout ça par la suite !
Le point de vue follower de Pauline
Pour ma part, mon sentiment de difficulté dans la catégorie Inter est arrivé dans le courant du début d'année 2025. A cette période de l'année, j'ai déménagé de Paris à Nantes pour des raisons professionnelles. J'ai très vite senti la différence par rapport à quand je vivais à Paris. En région parisienne en effet, il est possible de danser quasiment tous les soirs de la semaine, et le niveau global est très très bon. Il est donc beaucoup plus facile de s'entrainer et de progresser, ne serait-ce qu'en allant aux soirées. Dans les autres communautés plus petites, avec un niveau moins élevé et des soirées moins régulières, continuer à s'améliorer demande beaucoup plus d'efforts et d'investissement personnel.
Je ne vais pas vous mentir, j'ai eu très peur que mon déménagement à Nantes marque la fin de ma progression en West Coast et donc la fin de mes réussites en compétition, surtout quand je voyais à côté mes copains parisiens devenir de plus en plus forts grâce à toute l'offre qu'il y a dans la capitale. Je me suis donc mis un coup de pied mental dans les fesses et je me suis fait un programme complet, à base d'entrainements solo, de pratiques à deux et d'exercices sportifs pour pallier au manque de pratique parisienne, mon objectif étant de passer advanced d'ici la fin d'année 2025. Cela a apparemment porté ses fruits car à partir d'août jusque décembre 2025 j'allais en finale à chaque event auquel je participais.

J'ai également suivi des séances de coaching mental pour gagner confiance en moi et apprendre à mieux me connaitre en tant que danseuse. Ces séances ont été pour moi une réussite, car j'ai ainsi pu identifier pourquoi je fais de la compétition, ce qui me plait et ce qui me motive. Cela m'a donné des clefs pour gérer mon stress, pour réussir à trouver ma personnalité de danseuse et pour savoir comment danser de la manière qui me plait et qui me correspond.
Au fur et à mesure de mes compétitions d'Inter, plus je progressais et j'avançais et plus je sentais que j'arrivais vers la fin de mon parcours dans la division. Je sentais que j'appartenais au haut de la catégorie et j'étais plutôt confiante en mes capacités. Toutefois, avoir un bon niveau ne suffit pas forcément pour gagner et plus j'avançais en Inter, plus la désillusion des compétitions s'offrait à moi. On sait tous que les compétitions sont injustes par nature, que selon le partenaire que l'on tire ou la musique sur laquelle on danse, nos chances ne sont pas les mêmes, mais je me suis rendue compte également que les notations sur une même danse peuvent varier drastiquement selon les juges et peuvent changer du tout au tout le résultat en découlant.
J'ai pour exemple ma fameuse danse de finale du Westie Gala, dont je vous ai parlé un peu plus tôt. Nous avions donc fait avant-dernier avec mon leader, avec des écarts de notes plutôt surprenants. En effet, certains juges nous avaient classé dans le top 2, tandis que d'autres nous avaient mis dans le bas du panier. En revoyant notre danse, je me rends compte que nous avions fait des petites erreurs de timing, mais que nous avions aussi créé des moments marquants. Selon donc les juges présents et les critères qu'ils favorisent, on aurait pu finir dans le top 3 ou bien dans les derniers. Attention, je ne vous écris pas ce paragraphe pour me plaindre ni pour dire que ma danse était la meilleure de la compétition, mais bien pour vous expliquer que parfois, d'un juge à l'autre, les notes peuvent être complétement différentes et le classement en découlant peut changer du tout au tout. Cette expérience m'a ouvert les yeux de façon un peu brutale sur les notations et m'a fait me rendre compte que parfois le classement ne veut pas dire grand-chose.

Une dernière difficulté à laquelle j'ai pu me confronter, c'est que c'est à mon sens le leader qui conditionne notre classement en finale, et pas tant le niveau de la follower. C'est mon opinion très personnelle, donc avant que vous ne me tombiez tous dessus, laissez moi vous expliquer ! Le rôle du leader est de gérer la structure de la danse, ce que l'on appelle la macromusicalité. C'est à lui d'anticiper les changements de phrase et de guider des mouvements cohérents pour que la follower puisse les saisir et les accentuer selon la musique. En tant que follower, on peut bien évidemment marquer les changements de phrase à notre manière si on voit que notre leader ne les a pas entendu, mais on ne peut pas porter toute la danse non plus. De ce que j'ai pu voir, c'est les danses structurées qui placent en Inter. Un bon leader qui tombe sur une follow un peu moins forte peut donc faire un bon placement s'il sait gérer sa structure, même si la follow ne propose pas des choses incroyables lors des changements de phrase, alors qu'en comparaison une follow forte qui tombe sur un leader un peu moins fort a moins de chance de faire un bon placement, si le leader ne gère pas sa structure. Bien sûr il y a toujours des exceptions, mais j'ai vu assez de finales se dérouler de cette manière pour m'en faire la réflexion.
Le point de vue leader d'Adrien
J'en ai déjà parlé dans les sections précédentes, mais j'ai vraiment dû apprivoiser ce nouveau monde qu'est la division Intermediate. Quand j'ai commencé la danse, jamais je n'aurais imaginé atteindre un jour l'Inter, alors j'étais déjà content d'être là. Sauf que "être content d'être là" ne suffit pas pour progresser. Je n'avais ni cours adaptés, ni coaching sérieux, et du coup pas vraiment de déclic sur ce qui me manquait. Je découvrais de nouvelles sensations en compétition, et il fallait ensuite que j'analyse tout ça, que je retravaille, puis que j'attende la prochaine compétition pour valider ou non. Et entre deux events, il peut s'écouler plusieurs semaines. Autant dire que c'est un processus qui peut prendre beaucoup de temps.
Alors encore une fois je rejoins Pauline sur l'importance de la communauté, et ne croyez pas que je suis toujours d'accord avec elle ! Quand vous avez la chance d'avoir des compétiteurs aguerris qui vous coachent, ou un groupe de danseurs de votre niveau qui vous prend sous son aile, ça change tout. C'est une évidence, mais le gap entre Novice et Inter est important, et c'est là que j'ai compris à quel point cet entourage est indispensable.
Bien sûr, certains y arrivent seuls, soit parce qu'ils ont ce truc inné, soit parce qu'ils ont une discipline de fer pour bosser en solo. Mais je ne suis clairement pas un danseur né, et j'ai besoin de facteurs extérieurs pour vraiment exprimer mon potentiel.
Ce qui a rendu les choses encore plus longues, c'est que j'avais aussi envie de m'investir dans la scène locale à Strasbourg, pour transmettre ce que je n'avais pas eu la chance de recevoir. Sauf qu'à un moment, j'ai dû me rendre à l'évidence : le temps et l'énergie sont des ressources limités, et je ne pouvais pas tout mener de front. J'ai donc fait le choix de concentrer mon énergie sur mon propre parcours et de prendre de la distance avec cet investissement local. Ce n'est pas forcément facile à assumer, mais c'était nécessaire. C'est d'ailleurs ce qui explique aussi la baisse d'activité sur le blog.
Dernière difficulté, et pas des moindres : la polyvalence que demande l'Inter est vraiment compliquée à gérer. La division a sans doute été celle qui a le plus évolué ces dernières années, portée par la popularité croissante du WCS et l'afflux de nouveaux compétiteurs. Résultat, les formats de finales sont devenus de plus en plus imprévisibles selon les events : spotlight le soir, all-skate l'après-midi, semi-spotlight pour gagner du temps... Chaque organisateur jongle avec ses contraintes de planning et d'organisation, et on ne sait jamais vraiment à quoi s'attendre. C'est un défi en soi.

Nos conseils
Nous n'allons bien sûr pas vous laisser comme ça ! Tout comme nous l'avions fait pour Novice, nous allons vous partager quelques conseils qui nous semblent pertinents pour maximiser vos compétitions en Inter.
Pour les followers
Je vais vous partager dans cette partie des éléments qui me semblent intéressant de mettre en place pour vous démarquer en Inter et réussir à aller en finale, et une fois en finale, à vous aider à faire un bon classement. Tout ce que je vous ai dit pour Novice reste vrai, notamment de maitriser sa technique et son timing, ce qui est la base de la base en tant que danseur, mais il y a également quelques éléments à rajouter dans votre bagage.
- Je vous encourage fortement à travailler votre qualité de mouvement, que ce soit la pose de pied, votre déplacement, votre usage du bras libre ou vos intentions. Ce seront ces éléments qui permettront de vous différencier avec une follow d'un même niveau technique que le votre.
- Pour vous démarquer encore plus, n'hésitez pas à proposer du styling et des footworks, peu importe le partenaire ou la musique. Cela montrera que vous êtes assez à l'aise sur vos basiques pour les pimper en faisant des variations de timing.
- Encore plus qu'en Novice, il faut absolument que vous soyez autonome et que vous ne dépendiez pas de votre leader lors des prelims. Je ne vous dis pas de danser toute seule, mais d'être assez confiante dans vos capacités pour que votre leader n'impacte pas votre façon de danser de manière négative et pour que vous puissiez prendre en charge ce qu'il se passe au sein de la danse si besoin. Par exemple si on n'est pas sûre de la passe guidée, il faut quand même y aller à fond et faire la passe jusqu'au bout en y croyant, comme si tout était prévu et qu'on gérait sans souci. De l'extérieur, on ne se rend pas beaucoup compte des couacs qu'il peut y avoir au sein des danses en prelims, mais on voit beaucoup plus quand un des deux partenaires se met à hésiter et à danser de façon beaucoup moins sûre. Le but est donc de faire illusion et de donner l'impression que tout se passe bien. Croyez-moi, sur les quelques secondes où les juges nous regardent, ça peut faire la différence.
- Un autre conseil un peu similaire, c'est de ne pas abandonner au cours de la danse si on sent que ça ne se passe pas très bien. Il faut continuer à danser et à tout donner au lieu de se dire que c'est fichu. En gardant ce mental positif, votre façon de danser en sera impactée et vous pourrez avoir des bonnes surprises.
- Et enfin pour la finale, mon dernier conseil est d'être à l'écoute de son leader et de danser avec lui. J'ai assisté à bon nombre de finales Inter avec des partenaires qui dansent chacun pour soi sans écouter ou regarder ce que fait l'autre, et croyez moi en (semi-)spotlight cela ne pardonne pas. N'oubliez pas qu'en finale c'est le couple qui est jugé, donc favoriser le partnership est toujours une bonne idée. Regardez ce que fait l'autre, quelle est sa manière de danser, comment il marque la musique, et essayez d'adapter votre danse pour créer quelque chose d'harmonieux. Pour la petite anecdote, c'est la stratégie que j'ai adoptée au Uptown Swing 2025. Nous passions à la toute fin avec mon leader, j'avais donc pu voir les autres couples danser et je m'étais rendue compte que personne ne dansait vraiment ensemble, chacun faisait ses trucs dans son coin sans prêter attention à son partenaire. Je me suis alors dit "OK, quand ce sera notre tour, peu importe ce que fait le leader, tu l'écoutes et tu le suis." Apparemment cela a payé puisque nous avons fait 2ème.

Pour les leaders
- Ne rien lâcher ! En compétition on est comparés les uns aux autres, et tout le monde peut faire des erreurs, même les meilleurs. Une super danse peut perdre face à une danse encore plus incroyable, et on peut très bien passer ou gagner parce qu'on a été vu sur ses meilleurs moments dans une danse qui n'était pas transcendante dans l'ensemble. En all-skate en tout cas, parce qu'en spotlight, cette logique fonctionne un peu moins bien, vous avez compris l'idée.
- Travaillez votre mental, au moins un minimum. Je ne pensais pas que ça interviendrait à ce niveau, mais le niveau global augmente d'année en année et en Inter, ne pas travailler cet aspect peut vraiment vous freiner. Un mental solide vous aidera à gagner en fluidité, à être moins dans votre tête et à laisser votre danse s'exprimer.
- Les finales, encore plus en spotlight, c'est le début d'une performance artistique. Être technique et propre c'est bien, mais il faut aussi savoir se placer, placer sa partenaire, être disponible en support si besoin. Il faut être suffisamment solide dans sa danse pour ne pas se retrouver au premier drop à se dire : "Mince, qu'est-ce que je fais maintenant ?". On doit penser à la musicalité, mais aussi à son orientation face au public et aux juges. Ça ne vient pas tout seul, alors entraînez-vous !
- Ne négligez pas les fondamentaux techniques du West Coast Swing. À force de s'entraîner pour les situations de compétition, j'ai moi-même parfois délaissé les basiques : trop d'extensions de passes, déroulés de pieds approximatifs, stylings pas toujours très jolis visuellement (ça c'est encore en cours) ! Il faut beaucoup se regarder danser, savoir s'analyser, prendre du recul et corriger au fur et à mesure. C'est un travail de longue haleine.
- Enfin, si vous avez du mal à vous entraîner avec des danseurs de votre niveau dans votre communauté, voyagez si vous le pouvez, ou déplacez-vous dans une communauté à proximité. C'est un point de vue personnel, mais on ne peut pas vraiment progresser en dansant uniquement avec des gens qui ne sont pas dans sa catégorie. Je ne dis pas qu'il faut fuir le social, bien au contraire, mais soyons réaliste : un event ne devrait pas être le seul endroit où vous travaillez votre danse, ça doit être une prolongation de votre entraînement. Malheureusement pour certains c'est la seule option, et dans ce cas le chemin pour sortir d'Inter peut être très long.
La gestion de la frustration
Pour Novice nous vous avions parlé de comment gérer votre stress, pour Inter nous allons vous parler de comment gérer votre frustration. Eh oui, lorsque nous ne faisons pas les résultats escomptés, que nous ne passons pas en finale ou que nous ne sommes pas contents de nos danses, la frustration peut très vite pointer le bout de son nez. Il est tout à fait normal de la ressentir, mais il existe quelques outils pour essayer de minimiser l'impact que cela a sur nous.
Parlons tout d'abord de ce que l'on peut faire d'un point de vue interne. En amont de la compétition, il peut être bien de se donner un objectif atteignable à accomplir, qui ne dépend que de vous et pas de votre partenaire ou de vos résultats. Cela peut être énormément de choses, bien faire son 1, écouter plus son partenaire, réussir à s'amuser... pourvu que ce soient des objectifs sur lesquels on a un vrai pouvoir et qu'on peut mettre en application durant les danses. Ainsi, si on réussit à remplir ces objectifs cela nous rendra fier et l'impact des résultats de compets nous atteindra un peu moins. Apprendre à visualiser quels sont les avantages que chaque situation nous offre, que l'on gagne ou que l'on perde, peut également nous aider car chaque cas de figure nous permettra d'en tirer quelque chose.
Après l'annonce des résultats, que ce soit les noms des finalistes ou le classement des finales, peut venir le moment où la frustration apparait. Pour ma part, voici la méthode que j'ai trouvée pour gérer au mieux cette émotion : si jamais je me sens très frustrée, j'essaye de m'isoler un moment pour pouvoir digérer toutes mes émotions négatives toute seule, au calme. En général je préfère sortir de la salle de danse et rentrer directement dans ma chambre. Là, je m'autorise un petit moment pour laisser sortir ce que je ressens, puis quand ça va mieux et que le gros de la frustration est passée, j'essaye de penser à autre chose en allant revoir mes amis et en se faisant un resto ou en prenant un verre. J'essaye également de ne pas faire déteindre ma frustration sur mon entourage et d'être contente pour ceux de mes amis qui ont mieux réussi leur compétition. Réussir à relativiser les compétitions et leurs enjeux est également un bon outil.
D'un point de vue externe, il est aussi possible d'empêcher la frustration de prendre une place trop importante dans son entourage. Quelques petites astuces peuvent être mises en place pour empêcher nos amis de se sentir trop frustrés. Tout d'abord, les formules du type "Oh mais t'es toujours pas Advanced ??", qui partent certes d'une bonne intention car on estime que la personne a le niveau pour concourir dans cette catégorie, peuvent devenir très frustrantes lorsque la personne fait justement tout pour devenir Advanced mais n'y arrive pas, ou lorsque cela fait longtemps qu'elle est "coincée" dans sa catégorie. De même lorsque quelqu'un vient de faire une danse de compétition, faire un pronostic sur son classement avant l'annonce des résultats est à proscrire, car cela met implicitement une attente dans la tête du danseur et si les résultats ne sont pas au rendez-vous, la personne va probablement être déçue, voire frustrée. Favorisez plutôt les constats factuels sur ce que vous avez aimé dans la danse ou ce que vous aimez chez le danseur. Ainsi, au lieu de dire "Tu vas faire 1er c'est sûr !", optez plutôt pour quelque chose du genre "J'adore ta qualité de mouvement !", "Ta musicalité était incroyable !", ou bien "J'adore danser avec toi, tu as un super niveau !". Vous ferez ainsi des compliments sans mettre une pression de résultats.
Nous espérons que cette plongée dans la catégorie Intermediate vous aura plu et vous aura permis d'apprendre quelques petits secrets pour mieux vivre vos compétitions. De notre côté, nous nous confrontons maintenant au gratin de la catégorie Advanced et une chose est certaine, le niveau a encore augmenté d'un cran !